mardi, 30 juin 2009
La politique ? ça nourrit.
Généralement, les hommes politiques disent faire de la politique pour faire bouger les choses, améliorer le sort du plus grand nombre, servir l'intérêt général. Mais la politique est aussi un immense marché attirant des opportunistes à la recherche d'un poste, d'un pouvoir, d'une visibilité médiatique... Ceux-là n'ont que peu de convictions, ne s'intéressent guère à la justesse de leurs idées, mais sont simplement dans la perpétuelle maximisation de leur utilité personnelle : comment gagner plus ? comment obtenir plus de pouvoir ? comment devenir plus populaire ? ou comment résister le mieux possible ? La meilleure stratégie de l'opportuniste , du carriériste, du politicien, est probablement d'agir en douce, dans les coulisses, sans que cela ne se voit trop. Mais quand ça se voit, ça fait tâche. Exemples :
-Rachida Dati : depuis plusieurs décennies, elle consacre sa vie à infiltrer des réseaux, à tisser des liens, pour monter dans la sphère politique (elle ne s'en cache pas, elle en est fière). Avec Nicolas Sarkozy, elle a atteint des sommets avec le ministère de la Justice, les couvertures de magazine, les paillettes. Elle a profité de cette popularité pour prendre la mairie du très-UMP VIIème arrondissement de Paris. Et puis, elle est devenue députée européenne, c'est toujours ça de pris. Seulement, ces deux postes qui demandent chacun beaucoup de temps et d'investissement personnel (et qui rapportent aussi beaucoup) ne lui suffisent pas, elle veut plus. Elle rejoindra donc bientôt un cabinet d'avocats américain (info Les Echos). On se demande bien comment elle pourra, techniquement, remplir toutes ses fonctions (sans même parler de sa compétence, qu'on peut questionner) mais elle devrait pouvoir continuer à s'habiller chic.
-Christine Boutin : après sa sortie surprise du gouvernement, elle en veut à Fillon et ne semble pas prête à pardonner : en effet, elle aurait été "jetée de façon inhumaine" -la bêtise de cette déclaration parait proportionnelle à sa déception. Le Figaro explique que Christine Boutin a reçu "un certain nombre de propositions intéressantes" de la part de Claude Guéant, mais qu'elle voudrait en fait obtenir le poste d'ambassadeur au Vatican, auprès de ses amis catholiques, alors qu'un nouvel ambassadeur vient juste d'être nommé. Si elle n'obtenait pas ce qu'elle désire, elle menace de devenir une députée rebelle en reprenant son poste à son suppléant.
-Roger Karoutchi : l'ancien secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement sera bientôt ambassadeur de la France auprès de l'OCDE, à Paris. Ainsi, il pourra toujours occuper son poste de maire-adjoint dans une ville des Hauts-de-Seine et de président du groupe UMP au Conseil régional d'Ile-de-France, mais devra abandonner son siège de sénateur. Apparemment, le gouvernement lui réservait une place au soleil (une ambassade au Maghreb) mais Roger voulait rester en métropole pour conserver ses autres postes. Une autre option était de rester au Sénat et de ravir la présidence du groupe UMP au Sénat, mais ce n'était pas gagné d'avance. Roger Karoutchi a donc fait le choix de la sagesse en acceptant l'OCDE. Comme on le comprend.
-Christine Albanel : alors qu'elle aurait pu prendre la place de Frédéric Mitterrand à la Villa Médicis à Rome, Albanel semble plutôt se diriger vers les locaux d'Arte, où elle deviendrait Présidente de la chaîne. Jérôme Clément, qui occupe actuellement le poste et dont le contrat vaut encore pour deux ans, pourrait se voir offrir une jolie promotion par le gouvernement pour laisser sa place à l'ancienne ministre de la Culture, vaincue à plate couture dans la bataille d'Hadopi.
Quatre ministres remaniés. Quatre carrières qui changent légèrement de direction, avant de revenir sur le devant de la scène. Quatre pions d'un jeu de chaises musicales. Quatre licenciés qui ne passeront pas par la case chômage. Quatre privilégiés vivant d'un système pourri.
15:33 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, opportunisme, carriérisme, gouvernement, france
vendredi, 19 juin 2009
A quoi servent les sciences sociales ? Quelques exemples
- Comment expliquer les différences de développement économique en Afrique ?
La période coloniale a aussi eu un impact sur les performances économiques de l'Afrique via le commerce triangulaire qui a privé le continent de main d'oeuvre (déportation, massacres, etc). En fait, il semblerait selon plusieurs études que certaines régions très enclavées d'Afrique (des zones montagneuses par exemple, que les colons n'ont pas pu atteindre) aient moins souffert du commerce triangulaire que les régions accessibles car elles n'ont pas subi autant de pertes de leur main d'oeuvre. Selon une étude de Nathan Nunn en 2006, plus il y a eu d'esclaves nationaux déportés par le passé, plus le pays a aujourd'hui des difficultés économiques. Ainsi, les désavantages liées à la géographie, à la topologie d'une région auraient finalement joué un rôle globalement positif sur la croissance économique de ces régions. Pour en savoir plus sur les nombreuses études à ce sujet, ne pas manquer ce billet de l'universitaire Fabien Candau.
- Comment expliquer l'écart démographique entre hommes et femmes en Inde ?
- Comment lutter contre le trafic de drogues ?
- La lutte contre l'immigration est-elle fondée économiquement ?
17:09 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sciences sociales, économie, politique, sociologie, afrique, colonisation, drogue, immigration, inde
mardi, 26 mai 2009
Européennes : pourquoi voter ? pour qui ?
Le 7 juin, nous élirons 72 députés européens, qui nous représenteront au Parlement de Bruxelles et de Strasbourg pendant 5 ans. Cette élection ne passionne qu'une petite partie de la population, personne ou presque ne parle du fond, les médias ne s'intéressent qu'à l'abstention attendue (cette prophétie ne manquera pas de s'auto-réaliser si on ne parle que de ça). Mais ce n'est pas une raison pour ne pas parler de cette élection, ne serait-ce que le temps d'un billet expliquant pourquoi il faut voter et quel sera mon choix.
Il faut voter
L'élection de députés européens peut paraître inutile compte tenu de la complexité du système français (territoire divisé en 8 régions) et de la part réduite des députés français au sein du Parlement Européen (72 députés sur 736, soit moins de 10%). Cependant, 72 députés français, c'est en fait beaucoup comparé aux 5 députés de Malte ou aux 7 députés de Slovénie. Les députés européens français ont donc finalement un vrai poids sur les décisions votées par le PE.
Il est d'autant plus important d'élire nos représentants européens que le PE est la seule institution européenne démocratiquement élue, contrairement à la Commission Européenne et au Conseil. Si on peut faire un procès à l'Europe pour son manque de démocratie (notamment dans sa négation des votes français, néerlandais et maintenant irlandais sur le TCE ou mini-traité), ce procès s'applique aux Etats, au Conseil, et non au Parlement Européen.
Au sujet de la démocratie et de la représentativité, le PE, en plus de voter les lois qui s'appliqueront ensuite dans les 27 pays de l'Union, décide du Président de la Commission Européenne. Or, le mandat du portugais José Manuel Barroso arrive à échéance dans quelques mois : l'élection de nos députés européens est donc cruciale dans l'avenir européen du très contesté Barroso (très faiblard face à la crise, très libéral, pro-Bush et pro-guerre en Irak, etc.). Quand on sait que toutes les droites européennes, et notamment l'UMP en France, soutiennent Barroso pour sa réélection, les électeurs voient leurs choix possibles se réduire à l'alternative centre ou gauche, à condition bien sûr d'être opposé à la politique actuelle de la Commission qui détient seule, rappelons-le, le pouvoir d'initiative.
Mon vote
Le vote aux Européennes n'est pas évident puisqu'on peut voter selon différentes logiques : voter pour soutenir un parti national, voter pour des idées plus larges sur l'Europe, voter contre un parti national, voter contre l'Europe telle qu'elle est... Personnellement, je ne vote contre personne, je vote pour quelque chose. Je n'aime pas trop l'idée d'un vote sanction car il va contre le principe du vote (on vote toujours pour un candidat, jamais contre, le seul vrai vote sanction était le vote blanc).
Je ne voterai pas pour la droite : les partis souverainistes ne me font pas plus rire que ceux d'extrême-droite ; quant à l'UMP, ce parti n'a aucune raison d'obtenir mon vote, aussi bien sur ses idées européennes que sur la politique intérieure menée par son chef Nicolas Sarkozy.
Je ne voterai pas pour la gauche noniste : LO, NPA, Front de Gauche sont des partis nonistes qui sont plus dans la dénonciation perpétuelle de l'Europe que dans la construction d'une autre Europe. De plus, je ne partage pas leurs idées et leurs analyses de la situation actuelle (la crise actuelle vue comme une crise du capitalisme appelant à son effondrement, par exemple).
Je ne voterai pas pour le MoDem : outre les messages souvent populistes et pas toujours très sincères de François Bayrou sur le plan national (c'est un ressenti personnel, je verrai s'il se confirme en lisant "Abus de pouvoir"), le MoDem siège dans le groupe ALDE des libéraux-démocrates au PE, un groupe dont les positions ne sont pas les miennes et que le MoDem lui-même n'assume pas bien.
Le choix restant est le suivant : Europe écologie ou Parti socialiste ? Ce sera Parti socialiste, mais après quelques hésitations qui s'expliquent par deux choses : les Verts sont un parti véritablement européen, très intégré et travailleur au PE (dans l'absolu, le PS l'est aussi, mais relativement moins) ; la tête de liste socialiste de la région Sud-Est (où je vote) s'appelle Vincent Peillon. C'est un socialiste que j'apprécie, notamment parce que c'est un universitaire (philosophe) en léger retrait de la petite vie politicienne (ça a peut-être changé depuis Reims) qui s'intéresse avant tout au débat d'idées (en témoignent ses livres peu vendeurs sur la révolution française ou l'histoire du socialisme français). Son problème, c'est qu'il est député européen sortant et qu'il n'a visiblement pas fait un bon travail dans son mandat précédent (ses statistiques de prise de parole ne sont pas bonnes du tout). De plus, son intérêt pour la chose européenne ne semble pas phénomènal, comme en atteste sa candidature aux législatives en 2007 alors qu'il était encore député européen, ce qui n'est pas très joli. Malgré ces deux points, je voterai socialiste le 7 juin, parce que ce parti a besoin de voix à un moment où il hésite, où il doute, parce qu'il a toujours été très lié à la construction européenne et parce qu'il peut vraiment peser au PE au sein du groupe PSE, deuxième plus gros acteur du Parlement après le parti conservateur PPE.
Quelques liens intéressants au sujet des Européennes :
-la liste des principaux candidats de chaque parti pour les 8 régions
-le nombre de députés européens pour chacune des 8 régions (13 pour le Sud-Est)
-un billet pro-Europe-Ecologie sur le blog d'un élu socialiste lyonnais qui hésite
-un billet sur les choix qui se présentent à un socialiste français qui vote en Grande-Bretagne
-une charge d'utilité publique contre Barroso
23:08 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, élections européennes, parlement européen, politique
mardi, 21 avril 2009
Les liens du soir (7)
» Freaky Sarkonomics : Thomas Melonio signe un long et intéressant papier à propos du livre d'économie politique "Les réformes ratées du président Sarkozy" de Cahuc & Zylberberg. Ces deux économistes (pas particulièrement à gauche) expliquent que le gouvernement s'est trompé sur de nombreuses réformes (grande distribution, professions réglementées, heures supplémentaires, bouclier fiscal...) et n'a rien mis en place d'efficace pour lutter contre le chômage et favoriser la croissance et le pouvoir d'achat. Ce premier bilan de la politique économique gouvernementale paraît bien documenté et honnête.
» Hanging tough (eng) : Intéressant papier de James Surowiecki dans le New Yorker à propos des opportunités qu'offre la récession actuelle : l'auteur explique que dans toutes les récessions, les entreprises malines peuvent sortir gagnantes en profitant de la frilosité de leurs concurrents qui investissent moins dans la pub, la recherche, les acquisitions, etc. Le tout est de savoir prendre des risques quand les autres n'en prennent pas.
» Que dire de Maurice Druon ? Billets assez violents des critiques Pierre Assouline et Frédéric Ferney après la mort de Maurice Druon qui, selon eux, ne mérite pas tous ces hommages publiques, que ce soit sur le plan personnel, politique ou littéraire. En effet, Druon a peut-être fait de belles choses dans sa jeunesse, mais il a mal vieilli : c'est ce que disait Laurent Joffrin dans un édito de Libé.
15:29 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, politique, littérature, web
dimanche, 15 février 2009
S'opposer à la communication de Sarkozy
J'ai très peu d'intérêt pour la communication politique, et pas beaucoup pour la stratégie politique. Mais faisons-en un peu, au service des idées.
Chaque annonce présidentielle nous le confirme, Nicolas Sarkozy incarne à merveille la victoire de la communication sur la politique, du sophisme sur le débat d'idées, du prêt-à-penser sur la compréhension du réel. Mensonges, manipulations, caricatures sont ses outils de communicant privilégiés pour convaincre depuis plusieurs années et, comme à son habitude, il en a usé et abusé lors de sa grande interview télévisée consacrée à la crise. Si les exemples vous manquent, en voici quelques uns : la nomination du Président de France Télévision, qui ne doit pas être approuvée par les 3/5ème des députés comme annoncé mais qui peut seulement être bloquée par les 3/5ème (ce qui exclut un barrage de la gauche) ; la baisse de la TVA qui, contrairement à ce qui a été dit, a permis une réelle et rapide relance de la consommation au Royaume-Uni ; l'incroyable mauvaise foie sur l'affaire du Préfet muté ; la quasi-injure envers Le NouvelObs, un an après l'affaire du sms, pour ne pas répondre à une question ; etc. Nicolas Sarkozy s'inscrit ainsi parfaitement dans l'héritage chiraquien (SuperMenteur) de déni de la réalité et de la vérité.
Mais contrairement à Chirac, Sarkozy a entraîné toute la classe politique, tous les grands partis, sur le terrain de la communication, de la bataille rhétorique plutôt que de la confrontation d'idées et de projets, et il a vaincu. En effet, que nous proposent le PS, le MoDem, le NPA, les trois seules forces politiques capables de s'opposer publiquement au gouvernement ? Beaucoup de réponses toutes faites, de réflexes politiciens, d'effets d'annonce, et peu de contre-projets profonds, construits, capables de montrer qu'une alternative est prête et qu'on pourra lui faire confiance en 2012. Car c'est ce qui est en jeu.
Olivier Besancenot martelle son discours anti-capitaliste déconnecté du réel en espérant rassembler les déçus de tout bord (vive le projet!) et si les médias aiment ce radicalisme, il n'apporte pas beaucoup au débat ; les socialistes sans direction bien établie, tiraillé entre le NPA et le MoDem, s'opposent sans rien incarner sinon des perdants ; Ségolène Royal, constante dans son incohérence, écrit des livres d'insulte (la Fra-ter-ni-té tant chantée n'entre plus dans son plan de com' visiblement) et balance des petites flèches contre Sarkozy ; le MoDem ne profite guère de l'échec des socialistes à incarner les premiers opposants, et ne propose à peu près rien sinon des listes décevantes, médiatiques plus que renouvelées, aux Européennes.
L'opposition institutionnelle, classique, échoue donc -contrairement aux syndicats et à l'opposition sur le net, dans les blogs- probablement parce qu'elle manque de visibilité (1/3 du temps de parole pour le gouvernement, 1/3 pour l'UMP, 1/3 seulement pour tout ce qui reste) et de message fort et clair. Cependant, le contre-plan de relance du PS, certainement imparfait, est un des premiers projets de fond, avec des contre-propositions claires et applicables, proposés par les socialistes depuis 2007 et qui a eu une certaine résonance médiatique.
Il faudrait certainement beaucoup d'initiatives de ce genre, traitant des points précis (fiscalité, emploi, logement, éducation, etc.), pour former à terme une alternative politique visible et cohérente, un programme et des idées capables de convaincre en 2012. Car la seule opposition stérile, l'anti-sarkozysme brut, qui vise à dire aux déçus du sarkozysme ce qu'ils veulent entendre (à ce jeu, Hamon tient un discours souvent caricatural proche de Besancenot) ne leur donnera probablement pas de raisons suffisantes de voter l'alternance : la communication peut être utile -elle a même fait gagner Sarkozy- mais le PS ne doit pas s'en contenter car ce parti a l'avantage d'avoir des idées, beaucoup de gens compétents, et du temps devant lui : tout ce que n'a pas l'UMP ?
19:17 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, communication, sarkozy, ps, npa, modem, ump
mardi, 09 septembre 2008
A la rentrée, la droite devient (presque) ouverte et sociale
Billet mi ironique, mi sérieux sur l'étonnante rentrée politique de quelques uns de nos ministres. L'occasion pour eux de se donner une nouvelle image en comptant sur l'amnésie et l'aveuglement des foules : une tactique politique payante?
Etonnant spectacle que nous propose depuis quelques jours la fameuse droite française, celle de Sarkozy et de son clan élitiste, celle du karcher et des expulsions massives, celle des cadeaux fiscaux et de la rente, cette droite de la realtpolitik et du cynisme triomphant...
Cette droite-là, plutôt méprisable à de nombreux égards, s'offre en cette rentrée un new look, un nouveau visage, une nouvelle attitude : dorénavant, c'est la fête, tout le monde est gentil, on s'écoute, on s'amuse, on se fait des cadeaux... En effet, hormis le grand grincheux Xavier Darcos qui ne lâche rien sur la réforme de l'école et Rachida Dati qui ne veut pas nous dire qui est le père (personnellement, je ne veux pas le savoir, j'attends juste d'elle qu'elle nous fasse le bilan de ses navrantes réformes), tous les autres ministres semblent gentils, ouverts, généreux et philanthropes en ce retour des vacances.
En cette rentrée, Nadine Morano s'éclate en musique, sur le dance-floor, entourée de dizaines de « jeunes populaires » en délire. (Ces jeunes UMP semblent plus attirer par le corps à corps avec la secrétaire d'Etat à la famille que par le difficile questionnement sur l'intérêt et l'intelligence de leur militantisme sarkozien.) Apparemment, Nadine s'amuse aussi. Ambiance cool donc. On notera cependant le piètre déhanché du secrétaire général adjoint de l'UMP, Christian Estrosi (oui, celui qui avait tenté de rétablir la peine de mort en 1991 et qui aime désormais louer des avions privés aux frais du contribuable).
Bonne ambiance aussi du côté de Martin Hirsch, le digne héritier de l'Abbé Pierre, désormais Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté. Martin a réussi à imposer son idée de RSA (celui-là même qui figurait dans le pacte présidentiel de Royal). Alors, depuis quelques jours, c'est la fête partout en France autour de Martin, le sauveur des pauvres gens. De l'avis de tous (ou presque), le RSA c'est bien, c'est social, c'est en faveur des pauvres (en vérité, ce n'est ni bien, ni social, ni en faveur des pauvres : les quelques euros de plus du RSA ne feront pas sortir les gens de la précarité, et cela dégradera le marché du travail en subvientonnant les emplois à temps partiel mal payés). Mais certains casseurs d'ambiance, dont je suis, ne participent pas à cette fête nationale depuis qu'ils ont compris que le financement du RSA (la fameuse taxe de 1,1% sur les revenus du capital) serait intégré dans le calcul du bouclier fiscal, si bien que les plus riches en seront exemptés. La belle solidarité du RSA correspond en réalité à faire payer la classe moyenne pour aider les quatre millions de français les plus affaiblis. Beau symbole, qui fait doucement rire en choeurs Marianne, la République, et le fantasmé « Liberté, Egalité, Fraternité ».
Autre gentillesse, venue cette fois de la part d'Hervé Morin. Notre ministre de la Défense, qui avait trahi Bayrou pour servir la France au printemps 2007, vient maintenant au secours des libertés en s'indignant du fichier Edvige. Notons qu'Hervé accuse un léger retard de plusieurs mois sur les associations, les syndicats, la gauche, le centre, et les premiers pétionnaires du début d'année dont je fais parti. Hervé ne trouve pas normal ni même utile que l'Etat collecte autant d'informations (opinions politiques, religieuses, activités professionnelles et personnelles, entourage, etc.) sur toute personne de plus de 13 ans jouant un rôle politique, économique, syndical, associatif, religieux « significatif ». Voyant la liste des contestataires s'allonger, Nicolas Sarkozy a lui aussi faire preuve d'ouverture et de sympathie en cette rentrée en demandant à notre stricte ministre de l'Intérieur Michelle Alliot-Marie d'arranger tout ça. Etonnante façon de travailler : si ce fichier est si indigne et illégal, s'il viole nombre de conventions, pourquoi l'avoir inventé avec tous ces excès liberticides ? Peut-être parce que Nicolas et d'autres espéraient que nul ne s'en rende compte.
Enfin, Roselyne Bachelot, notre ministre de la santé, nous fait aussi plaisir : elle se lance à la chasse aux médecins crapuleux ayant confondu « Hypocrate » et « hypocrite ». Les médecins qui refusent des patients couverts par la CMU (les plus pauvres, sur lesquels on ne peut pas faire de dépassement d'honoraires), ou qui creusent trop vite le trou de la Sécu et le pouvoir d'achat des patients, bref les vilains médecins libéraux qui profitent du généreux système, se verront menaçés de sanctions. La CNAM pourra même empêcher les dépassements d'honoraires et baisser les tarifs des médecins si le trou de la Sécu devenait trop profond (une profondeur qui se mesure en milliards de déficit pour la Sécu, et en millions de bénéfices supplémentaires dans les poches d'altruistes médecins libéraux). Roselyne se range donc gentiment du côté des patients et de la Sécu de De Gaulle.
En cette rentrée, la droite gouvernementale est très symphatique : elle fait du social, elle écoute les citoyens, elle les soutient, elle les protège, elle danse même avec eux. Suffisant pour dégonfler le désamour et les déceptions des Français? Espérons que non, et que la lucidité populaire triomphera vite de ces caresses populistes.
23:38 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : droite, sarkozy, politique
mercredi, 02 avril 2008
Triomphe de l'image et mort des idées
Le triomphe de l’image
Quoi de plus flagrant depuis quelques mois que le triomphe de l’image ? Nicolas Sarkozy, premier homme de France, est une collection d’images : l’image d’un jet setter (Fouquet’s et yacht), l’image d’un winner matérialiste (signes extérieurs de richesse comme preuves de réussite), l’image d’un bosseur (hyperactivité assumée), l’image d’un homme moderne (jogging les matins et look soigné les soirs), l’image d’un homme comme les autres (qui ne contrôle pas toujours ses nerfs ni ses sentiments amoureux), bref une collection d’images souvent contradictoires et purement fictives.
L’une des dernières images de Nicolas Sarkozy est celle de sa nouvelle femme, véritable perle de beauté et de classe selon tous les commentateurs britanniques. Cette image n’est qu’une publicité, bien mise en avant : du marketing au service du politique et/ou de l’égo présidentiel. Carla Bruni, les rolex, l’entourage de milliardaires créent du rêve, de l’inaccessible, donc du désir, autour de Nicolas Sarkozy. Ce qu’espère Nicolas Sarkozy, c’est que les Français l’aiment, l’idolâtrent, lui vouent un culte. Cette volonté présidentielle ne se réalise pas pour l’instant : la France, de tradition catholique, a un problème avec l’argent, avec l’ostentation, avec les excès, et est donc très froide face au comportement actuel de Nicolas Sarkozy.
Le tragique de ce triomphe de l’image dans la politique réside dans sa généralisation : comme Nicolas Sarkozy, de plus en plus de personnalités politiques endossent des rôles d’acteurs (comédiens), adoptent des postures, créent des images autour de leur personne : c’est le cas notamment de Ségolène Royal, qui a fait campagne en insistant lourdement sur sa condition de femme, de mère de famille, sur son apparence aussi. C’est aussi le cas de François Bayrou, qui a joué de son image « France traditionnelle » en posant sur son fameux tracteur rouge et sur son image d’homme simple, honnête, posé.
Depuis les élections de 2007 au moins, le principal enjeu politique pour les candidats est devenu le choix stratégique, le contrôle et la vente de leur image : pour se faire élire, il faut se faire aimer des Français. Les idées, les programmes sont devenus secondaires. Ce qu’il faut avant tout, c’est créer une proximité, une adéquation, une amitié (fictives) avec les électeurs. Nicolas Sarkozy a gagné pour de nombreuses raisons, mais la principale me semble être qu’il a su se créer un personnage aimé de la majorité des Français.
La mort des idées
Ce marketing politique qui consiste à se vendre en tant que personne pour accéder au pouvoir montre actuellement toutes ses limites dès lors qu’il faut d’agir, lorsque le pouvoir est conquis. On le voit clairement aujourd’hui : Nicolas Sarkozy ne sait pas où il va, il gesticule, agite des concepts creux (« laïcité positive » par exemple), des idées rarement réfléchies (fin de la pub sur le service audiovisuel public)… De même sur sa politique économique, Nicolas Sarkozy oscille au gré de l’actualité et des sondages entre libéralisme (sur les services publics notamment) et protectionnisme économique (récemment, sur le sort de Mittal par exemple). Bref, Nicolas Sarkozy n’a pas de convictions profondes, n’a pas une « certaine idée de la France ». A propos de ce vide d’idées, certains disent que c’est la preuve que Nicolas Sarkozy est un homme pragmatique et non dogmatique. Cela montre surtout qu’il est l’archétype même de la démagogie, de la « pop politique » pour paraphraser Paul Krugman (pop economy).
Là encore, Nicolas Sarkozy n’a pas l’exclusivité dans la démagogie, dans le vide d’idées et dans la promotion de faux rêves, de faux espoirs. Ségolène Royal avait un projet peu cohérent : elle n’a pas fait un choix clair entre social-démocratie et socialisme historique (plus à gauche). Elle a surfé sur des propositions parfois démagogiques, a fait (et fait toujours) des boulettes monumentales qui montrent son manque de compétence dans de nombreux domaines (l’économie avant tout). Elle a vendu un profil (celle d'une femme simple mais compétente, prête), elle a aussi formulé un espoir (« un ordre juste »), sans en donner des clés explicites et suffisamment convaincantes. De même, François Bayrou a proposé un projet basé sur un espoir (un nouveau souffle démocratique, avec de nouvelles institutions, plus de citoyenneté et d’ouverture politique…) mais avec trop peu de choix clairs, en matière d’orientations économique et sociale notamment.
Dans ce système où le gagnant a été celui qui était le plus convaincant (grâce à son aisance orale, grâce à sa rhétorique, et non grâce à ses arguments, bien souvent infondés en réalité), tout compte sauf la vérité. Il faut parler aux Français avec simplicité, quitte à faire des sophismes terribles, quitte à dire des âneries colossales… « Plus c’est gros mieux ça passe » disait Chirac.
Le tournant (personnification du politique ; débats d’idées au second plan) qu’a pris la politique française, sous l’impulsion de Sarkozy depuis 2002 à mon avis (mais qui remonte peut-être au Général de Gaulle), est une terrible nouvelle pour la démocratie française car elle nous condamne, nous citoyens-électeurs, à être déçus et trahis. En effet, est élu celui qui promet le plus, qui manie le mieux la rhétorique et qui se façonne au mieux une image positive : bref, le meilleur imposteur. Face à cette situation et alors que nos élites intellectuelles sont en décomposition (voir tous les pseudo-intellectuels qui racontent quotidiennement des bobards sur les ondes ou dans certains journaux), la solution viendra des citoyens.
Le nouveau souffle viendra d’en bas ou ne viendra pas.
00:34 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, sarkozy, royal, bayrou, pipolitique, marketing politique, image
mardi, 19 février 2008
Le mystère Rama Yade
Je l'aime bien, Rama Yade, pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, je suis convaincu qu'elle est animée de bons sentiments et qu'elle est libre (je veux dire : idéologiquement libérée d'un quelconque mode de pensée, victimiste par exemple, et de tout dogmatisme).
Je suis convaincu aussi de son envie de bien faire, d'être un exemple, d'incarner un espoir pour tous ceux qui n'en ont plus.
Je pense aussi qu'elle peut apporter beaucoup au débat politique et culturel en France (avec beaucoup, beaucoup d'autres évidemment), et à la nécessaire rétrospection de l'histoire française, et notamment l'histoire que la France partage avec l'Afrique.
Je l'aime aussi pour son esprit, sa jeunesse, sa liberté de ton : je suis heureux de l'entendre critiquer avec force la diplomatie du portefeuille, qui reçoit Khadafi. Je suis heureux aussi quand elle va voir personnellement les squatteurs d'Aubervilliers menacés d'évacuation.

De même, lorsqu'elle qualifie de "charognards" les journalistes français, tels des chasseurs de tête, Rama est évidemment dans l'excès, excès de victimisation, excès de défense de son maître. Cet excès-là, qui est plus le fruit d'une sarkophilie (pleine et assumée) que de malhonnêteté, est dangereux, car il touche à un des fondements de la république, la presse. Accuser la presse de se comporter comme un chasseur de tête quand c'est évidemment faux, ce n'est pas sain quand c'est improvisé, et c'est détestable quand c'est calculé (espérons que ça ne soit pas le cas avec Rama).
Enfin, sa sarkophilie pleine et assumée (le fait qu'elle voue une véritable admiration pour Nicolas Sarkozy qu'elle trouve plein de charisme) me dérange. Déjà car je ne la comprends pas, mais ça, ça n'est pas très grave. Ensuite parce que ce n'est pas souhaitable dans le cadre professionnel, surtout quand on est à un tel niveau de responsabilité. Où est la liberté de ton et d'action de Rama si elle est sous l'influence morale de son supérieur ?
Ensuite, ce sont ses pétages de plomb difficilement admissibles : aujourd'hui par exemple, lors d'une réunion publique à Colombes (Hauts-de-Seine) où elle est candidate sur une liste UMP, elle n'a pas hésité à parler de la gauche locale en ces termes : "cette gauche (...) qui s'en prend à moi parce que je suis noire". Que viennent faire de telles accusations dans une réunion publique ? Cette vicitmisation-là ("ils m'attaquent car je suis noire") est assez dégueulasse et elle cache certainement un tempérament instable, teinté peut-être du refus d'être remise en cause.
Ces deux interrogations font de Rama Yade un mystère pour moi. Inconstante : excessive puis silencieuse, droite et respectueuse puis insultante et victimiste.
Je pense que cette inconstance est la manifestation d'une fragilité qu'elle éprouve à se positionner politquement et psychologiquement dans ce gouvernement, où elle représente à la fois un symbole (de l'intégration réussie) et un alibi (d'une politique qu'elle ne cautionne pas toujours).
Si vous avez un avis, ça se passe en dessous, ou ailleurs.
19:35 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Rama Yade, Sarkozy, politique, gouvernement, droits de l'homme
dimanche, 20 janvier 2008
BHL, de gauche ?
Ce qui suit n'est pas un décryptage total ni minutieux de Bernard-Henri Lévy, de son idéologie, de ses écrits, de son narcissisme, ni même de son image. Non, je n'en ai ni le talent, ni les connaissances, et des gens compétents l'ont déjà fait (vous pouvez par exemple lire cette tribune de Serge Halimi dans Le Monde diplo). De plus, ce n'est pas aujourd'hui que je vais me permettre de juger dans sa globalité un écrivain que je n'ai presque pas lu. Ce billet n'est pas non plus une réaction à la lecture de Ce grand cadavre à la renverse, puisque je ne l'ai pas encore lu. Non, je réagis simplement à une de ses tribunes, publié le 17 Janvier dans Le Point, intitulée Le Blairisme, plus que jamais.
Ce qui me dérange chez BHL, c'est qu'il se proclame, sur tous les plateaux télé, homme "de gauche". Évidemment, tout citoyen à le droit de dire qu'il est de gauche si ça lui fait plaisir, je n'irai pas vérifier si c'est bien le cas. Mais la différence entre BHL et le citoyen lambda, c'est que le premier est écouté, lu, massivement, et qu'il est perçu par l'opinion publique comme une sorte de porte-voix de la gauche française. Ainsi, il a une influence, son message est entendu, et tout ce qu'il dit est, et doit être, conforme à un message de gauche. Or, rien qu'en lisant sa courte tribune du Point, j'ai des doutes sur son enracinement politique/idéologique à gauche.
Que dit-il dans cette tribune ?
"Il faut, en d'autres termes, qu'elle [la gauche française] fasse enfin clairement, à visage et à mots découverts, cette conversion à l'économie de marché, au libéralisme, à l'Europe, à la mondialisation, aux droits de l'homme, qu'elle n'a opérée, pour l'instant, qu'en catimini, presque en fraude, se condamnant ainsi à l'hypocrisie et à la schizophrénie.
La conversion ou la mort.
La clarté ou, de défaite en défaite, la chronique d'une disparition programmée.
Sous ce nom ou sous un autre, le blairisme est, plus que jamais, la seule issue possible pour une gauche qui aura tiré toutes les leçons, toutes, de l'égarement totalitaire."
Voilà qui serait bien parlé si l'auteur de ces lignes était un anti-socialiste aveugle. Or, ce n'est pas le cas: l'auteur de ces lignes est BHL, homme de gauche et soutien officiel du PS.
Je suis en désaccord avec ce que nous dit BHL sur de nombreux points :
1/ La gauche et la mondialisation
"Il faut que la gauche fasse cette conversion à l'économie de marché, à la mondialisation", nous dit BHL: d'accord. Mais il est important de rappeler que les socialistes ont fait cette conversion. Les socialistes d'aujourd'hui ne refusent pas le marché, ils tentent simplement de garder une influence sur celui-ci dans certains domaines (santé, éducation,...) et d'en limiter les dérives. Et ils ne considèrent pas la mondialisation comme une tragédie pour la France. Au contraire, les socialistes sont parfaitement conscients des nouveaux enjeux nés avec la mondialisation, et ont largement adapté leurs idées à cette réalité.
2/ La gauche et le libéralisme
-"Il faut se convertir au libéralisme": ce discours n'a pas grand chose à voir avec un discours de gauche. Le libéralisme est un système où les intérêts individuels dominent sur l'intérêt collectif. C'est le jeu du chacun pour soi, où les solidarités reculent dangereusement, où le lien social se casse (on en voit chaque jour les manifestations, dans nos rues, nos écoles, nos banlieues... je ne dis pas pour autant que le libéralisme est la cause de tous nos maux), où les précarités explosent, où la société perd une partie de ses repères au nom de la seule réussite économique. Donc pas vraiment une idée de gauche.
3/ La gauche et l'Europe
-"Il faut se convertir à l'Europe": allons, les socialistes sont parfaitement européens, et le sont évidemment plus que la droite. Simplement, la gauche ne veut pas que l'Europe se limite à une zone de libre-échange sauvage où interviennent dumpings social et fiscal. Elle veut une Europe politique, une Europe qui fait converger des pays différents vers des standards européens (sur la législation, le Code du Travail, la fiscalité...) sans pour autant vouloir un mixage forcé des cultures, des identités, de chaque pays de l'Union.
4/ La gauche et les droits de l'homme
-"Il faut se convertir aux droits de l'homme": on croit rêver. N'est-ce pas la gauche, et les progressistes, qui ont inventé les droits de l'homme? N'est-ce pas la droite qui a le plus lourd héritage en matière de non-respect des droits de l'homme? Oui, la gauche est aussi responsable. Mais on ne peut pas dire que la gauche française ne s'est pas convertie aux droits de l'homme. BHL fait là un fabuleux renversement de l'histoire de la gauche, à mon sens.
5/ La gauche et le blairisme
-"Le blairisme est la seule issue possible pour la gauche": bon, je ne savais pas que BHL était omniscient. Comment sait-il que le blairisme est la seule, l'unique, issue pour la gauche? Il y a de nombreux contre-exemples en Europe et dans le monde (notamment en Amérique du Sud) qui nous disent que le socialisme a encore toute son actualité, et sa pleine capacité à répondre aux enjeux actuels. Je ne dis pas là que le blairisme est à jeter, je suis loin de connaître suffisamment ce qu'a fait Blair en Grande-Bretagne. Mais je sais qu'il n'y a pas que du bon, loin de là. L'heure n'est pas venue pour la gauche française de faire du blairisme son idéal politique.
6/ La gauche et le totalitarisme
-"une gauche qui aura tiré toutes les leçons, toutes, de l'égarement totalitaire": le totalitarisme n'est pas seulement un égarement, c'est un totalitarisme, donc quelque chose à combattre avec fermeté et sans la moindre compassion. BHL veut nous dire que la gauche actuelle n'a pas tiré toutes les leçons du totalitarisme, stalinien probablement. Ah bon? Que reste-t-il de totalitaire dans les idées actuelles de la gauche? Je ne sais pas, et BHL ne juge pas utile de nous le dire. C'est dommage. Si BHL cherche à nous dire que la gauche socialiste (ou même communiste) contient en elle les dérives totalitaires, et que c'est pour cela qu'elle doit évoluer (vers le blairisme), c'est osé. C'est faire de tristes événements (qui ne représentent en rien la gauche, ses fondements, ses valeurs : le stalinisme par exemple) la preuve de la tendance naturelle de la gauche vers le despotisme. C'est absurde, simpliste, caricatural.
Voilà le flot de remarques et de critiques que m'inspirent ces quelques lignes de BHL.
BHL n'a pas peur des mots dès lors qu'il les cache dans des juxtapositions. Ainsi, il n'hésite pas, au milieu d'une énumération, à dire que la gauche française actuelle n'est pas convertie à l'Europe, à la mondialisation, aux droits de l'homme, et qu'elle tarde à tirer les leçons du totalitarisme. Rien que ça!
Tant d'aberrations et de contre-vérités ne peuvent, à mes yeux, pas venir d'un homme de gauche.
21:55 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : BHL, politique, gauche, libéralisme, mondialisation, droits de l'homme, totalitarisme
dimanche, 25 novembre 2007
Sarko et les libéraux n'aiment pas les impôts
Voilà le message de la droite, et notamment du Président Nicolas : il faut baisser les impôts, car c'est à cause de nos impôts élevés que la France va mal, que le chômage baisse si peu, que l'investissement est si faible, que la croissance a tant de mal à atteindre les 2% par an. Inutile de vous dire que je rigole quand j'écoute ça, et je peux vous donner quelques arguments.
-Premier argument qui met à mal les idées libérales en matière de fiscalité : les pays nordiques.
Par les temps qui courent, on aime à venter les mérites des économies des pays nordiques. Il faut néanmoins rappeler, comme le fait Liem Hoang-Ngoc dans Vive l'impôt, que les prélèvements obligatoires y sont supérieurs à ceux de la France, et les performances économiques meilleures. En chiffres, le total des prélèvements obligatoires en pourcentage du PIB est de 43% en France, contre 53% en Suède, 48% au Danemark, 46% en Finlande, et beaucoup moins pour l'Allemagne et surtout la Grande-Bretagne. Or, pour 2006, la croissance au Danemark était de 3,5%, celle de la Finlande de 5,0% et celle de la Suède de 4,3%, bien loin devant la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne (2,6%) (chiffres OCDE).
-Deuxième argument : les IDE.
La France est le 4eme pays du monde recevant le plus d'Investissements Directs Etrangers, derrière les Anglais, les Américains, et les Japonais. Et ces IDE reçus augmentent de 15% chaque année depuis plus de 10 ans, quelques soient nos politiques fiscales. Les investisseurs, malgré notre dévorante fiscalité, n'hésitent donc pas à investir dans nos entreprises. Sont-ils fous ? Non, ils connaissent simplement les avantages de la France, notamment en matière de qualité de main d'oeuvre et d'infrastructures.
-Troisième argument : une fiscalité trop faible est néfaste pour l'économie.
Notre Président a quasiment supprimé les droits de succession : ceci a un effet très désagréable, cela contribue à la reproduction sociale. Or, l'économiste Thomas Piketty l'a montré, la déconcentration des patrimoines permet d'avoir des entreprises moins familiales, et plus managériales : et on voit dans les faits que les entreprises managériales (donc pas dirigées par le fils à papa) ont de bien meilleurs résultats que les entreprises familiales, de l'ordre de +20 à +40% selon l'économiste Thomas Philippon, dans Le capitalisme d'héritiers, que je vous conseille. Il est évident que dans l'esprit des libéraux, et de facto de l'ami Nicolas, cette baisse des droits de succession va de paire avec une baisse de l'impôt sur le revenu pour les revenus les plus élevés. En témoigne dans la politique sarkozyenne le tout nouveau bouclier fiscal à 50%.
-Quatrième argument : le bouclier fiscal ne fait pas revenir les expatriés.
Sarkozy espérait que Johnny et les quelques 650 fortunes qui partent chaque année à l'étranger pour payer moins d'impôts reviendraient en France après son élection. Et bien non! C'est même Le Figaro qui nous le dit! Excepté Johnny, aucun de nos riches expatriés ne compte revenir en France. Je rappelle au passage que c'était l'objectif principal du bouclier fiscal, qui a tout de même coûté la bagatelle de 15 milliards d'euros (soit 1/3 du déficit public de notre beau pays!), et a supprimé dans les faits l'ISF (non pas l'Impôt Sur la Fortune, mais l'Impôt de Solidarité sur la Fortune, c'est différent).
Seulement, ces quelques arguments ne sont pas suffisants aux yeux de nos amis libéraux, qu'ils s'appellent Sarkozy, Fillon, ou Parisot. Du coup, ils campent depuis plusieurs dizaines d'années sur leurs positions, et notamment en France.
Exemple : l'impôt sur la Bourse et les bénéfices boursiers.
-En France, dans les années 1995, un dénommé François Fillon supprimait l'imposition sur les bénéfices tirés de placements boursiers vieux de plus de 8 ans, contre une imposition de 11% auparavant si je me souviens bien.
-L'histoire se répète : pas plus tard qu'il y a deux semaines (le 16 Novembre), le même François Fillon, par l'intermédiaire du projet de loi des finances 2008, mettait fin à l'impôt de Bourse. On le comprend, car cet impôt, vous allez le voir, était terrible pour les grands boursicoteurs! Regardez ça :
- transaction comprise entre 7 830 et 152 449 euros : 0.3% du montant de la transaction.
- transaction supérieure ou égale à 152 449 euros: 0.15% du montant de la transaction, plafonné à 610 euros.
610 euros d'impôt maximum pour des transactions de plus d'un million de francs ! Cet impôt était vorace ! Merci messieurs les députés d'avoir mis fin à ce pillage des profits financiers de la part de l'Etat Français, communiste pour le coup!
Cet entêtement sans fin pour une baisse de la fiscalité en France relève du dogmatisme économique. En effet, qu'espèrent Sarkozy et sa bande libérale en baissant les impôts ?
Oui les caisses de l'Etat sont de plus en plus vides, c'est logique!
Oui il va donc falloir que les Français se serrent la ceinture et disent adieu à leur modèle social.
Mais non la France ne gagnera pas vraiment en compétitivité internationale!
Non ce n'est pas en faisant du dumping fiscal ou social qu'on progressera et qu'on retrouvera une balance extérieure positive, surtout quand on sait que la majorité de nos importations/exportations se font en Europe, là où intervient le plus gravement la concurrence des modèles sociaux.
Non on ne grappillera pas de parts de marchés à la Chine (dont les salaires sont 40x plus faibles) sur les secteurs industriels simplement en baissant notre fiscalité.
NON. Notre seul avantage, c'est justement notre modèle social et nos services publics! A savoir notre capacité à éduquer et former les jeunes, notre capacité à assurer d'excellents soins aux travailleurs, notre capacité à former des élites innovantes, notre capacité à investir dans la recherche, notre capacité à offrir d'excellentes infrastructures et services aux entreprises, notre capacité aussi à toujours rester au top de la connaissance.
Mais ce n'est là que mon humble avis.
01:05 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : politique, fiscalité, Sarkozy, Parisot, Fillon, impôts









